Courir avec mes sœurs racines est un cycle de créations en théâtre documentaire consacré à des femmes dont les parcours, les engagements et les manières d'habiter le monde déplacent notre regard sur le vivant.
Chaque portrait naît d'une rencontre. L'enquête documentaire, les immersions sur le terrain, les échanges avec les personnes rencontrées, les ateliers d'écriture et le dialogue avec d'autres disciplines nourrissent progressivement l'écriture théâtrale.
Les créations peuvent exister de manière autonome ou entrer en résonance au sein de formes plus composites, où plusieurs portraits dialoguent entre eux.
La rencontre avec la pédologue et cartographe des sols Véronique Genevois-Gomendy marque une étape décisive dans le développement de ce cycle. Elle donnera naissance à Sous les cendres d'Agartha – SOLS EN SCÈNES, premier volet de Courir avec mes sœurs racines, aujourd'hui développé avec l'Institut Agro Rennes-Angers et l'Université de Rennes dans le cadre du programme IRIS-E, puis du projet européen SOILSCAPE.
Les différentes étapes de cette aventure artistique, scientifique et humaine sont présentées dans l'article consacré à Sous les cendres d'Agartha – SOLS EN SCÈNES.
Mais Courir avec mes sœurs racines ne s'arrête pas à ce premier portrait.
D'autres rencontres documentaires sont déjà engagées et viendront progressivement enrichir le cycle.
Parmi elles figure celle de Sylvie Trudel, autrice et écologiste québécoise. Plusieurs entretiens réalisés à Gatineau (Québec) en 2025 nourrissent déjà les premières pistes d'écriture d'un futur portrait. Cette recherche se poursuivra au fil des rencontres, des résidences et des partenariats qui accompagneront le développement du cycle, en France comme au Québec.
À l'origine de Sous les cendres d'Agartha : une rencontre fondatrice
Le récit qui suit est celui de cette première rencontre. Il constitue le point de départ d'une aventure artistique qui se poursuit aujourd'hui avec Sous les cendres d'Agartha – SOLS EN SCÈNES et, demain, avec les futurs portraits de Courir avec mes sœurs racines.
« Fin novembre 2024, je rencontre la pédologue et cartographe des sols Véronique Genevois-Gomendy. Je découvre que son métier, la pédologie — la science des sols — est aujourd'hui considéré comme une discipline rare par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle me propose de l'accompagner dans son travail de description des sols volcaniques, près de Clermont-Ferrand, en Auvergne.
Pendant une semaine, je l'accompagne sur le terrain. Je la questionne sur son travail pour en comprendre les composantes, les ressorts et le sens. Je la filme en action, l'interroge sur sa vocation, sa sensibilité au monde et j'enregistre nos échanges.
Au-delà de chercher à mieux comprendre son métier, je tente de capter quelque chose du rapport sensible à la terre de la pédologue.
Lorsque j'observe Véronique arpenter les parcelles pour cartographier les sols et manier la tarière pour prélever des carottes de terre, c'est sa puissance physique que je découvre.
Dans sa manière de toucher la terre, de la malaxer et d'en apprécier l'odeur, c'est la dimension charnelle de son rapport à la matière qui se dégage.
Dans le temps que prend celle qui s'attache à décrire les horizons de sols, leur structure, à observer les traces de vie, c'est une plongée dans l'histoire de la planète et des terroirs auxquels la pédologue nous convie, pour peu qu'on la suive.
Alors que d'autres ressentent un certain malaise à descendre dans une fosse pédologique, à l'entendre et à la voir s'animer, passer du temps sous la ligne de sol, entourée de terre, procure à Véronique une véritable énergie tellurique.
Au-delà de rencontrer une professionnelle spécialiste des sols et passionnée par son métier, je rencontre mon personnage… »
Marie-Laure Cloarec, autrice